Qui sont les lobbyistes et comment exercent-ils leur métier ? Cette question a beaucoup été posée dans les médias et avant l’apparition du registre des représentants d’intérêts de la HATVP en 2017, elle ne permettait pas de réponse solide.
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L’observation de ce registre, créé en 2017, permet désormais de mesurer et de mieux connaître les lobbyistes et les différents types d’organisation qui œuvrent en France. Attardons-nous sur leurs particularités et modes d’intervention propres auprès des dirigeants politiques.
D’abord, parmi les près de 3 500 entités enregistrées au répertoire de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, environ 25% sont des entreprises. Il peut s’agir de grands groupes du CAC 40 ou de petites et moyennes entreprises (PME). Les grandes entreprises font souvent appel à des cabinets d’affaires publiques et déchargent les sujets les plus polémiques sur leurs fédérations professionnelles, ce qui leur permet d’éviter d’écorner leur image en cas de polémique. Lorsque la fédération professionnelle ne défend pas leurs propositions, les entreprises peuvent par ailleurs intervenir en propre, de façon très spécifique. Les PME quant à elles n’emploient souvent qu’un lobbyiste, voire aucun ; dans ce cas, le lobbying est assuré par le dirigeant (PDG, DG, etc.), de façon temporaire. Elément important, les entreprises bénéficient d’un fort pouvoir de négociation lié à leur empreinte économique, ce qui leur donne une légitimité. Grâce à leurs emplois, leurs impôts et leurs investissements, elles ont souvent l’oreille des décideurs publics.
Viennent ensuite les associations (environ 20%). Nombreuses, elles ne disposent pas de beaucoup de moyens financiers, ce qui explique qu’elles n’emploient que rarement des cabinets d’affaires publiques. Elles bénéficient en revanche d’un fort capital sympathie et de ressources humaines souvent abondantes (les bénévoles ou les sympathisants). Ce qui explique qu’elles aient souvent recours aux médias ou réseaux sociaux pour interpeller l’opinion publique, qu’elles organisent des mobilisations ou manifestations, etc. Notons que les associations bénéficient d’une forte légitimité, car se réclamant de l’intérêt général contrairement aux entreprises qui seraient censées rechercher leur intérêt privé. Elles ne bénéficient cependant pas d’une empreinte économique qui est un levier de négociation.
On peut aussi évoquer les fédérations professionnelles (environ 18%). Elles regroupent des acteurs privés qui s’organisent afin de mieux défendre leurs intérêts communs. Et elles se résument par une simple idée : « à plusieurs on est plus fort ». Elles présentent l’intérêt d’avoir un accès facilité aux décideurs publics (ministre, député, sénateur) car ceux-ci préfèrent s’adresser à un groupe d’entreprises entier plutôt qu’à elles toutes, séparées. Mais ont un désavantage majeur, celui de consacrer beaucoup de ressources à l’élaboration de la position commune avant de pouvoir la défendre devant les décideurs publics. On dit ainsi que 50% du travail de la fédération professionnelle réside dans le fait de construire cette position commune (cela revient parfois au plus petit dénominateur commun entre elles), tandis que les 50% restants sont consacrés au « portage politique ».
On peut également évoquer les cabinets de conseil (environ 6%). Eux ne défendent jamais un intérêt propre mais toujours un intérêt tiers, celui de leurs clients. Les cabinets sont composés de consultants, qui travaillent chacun pour un ou plusieurs clients (en moyenne 4 ou 5). Les consultants effectuent à la fois une activité de conseil (analyser l’actualité et préconiser des actions afin d’atteindre les objectifs de l’organisation) et une activité opérationnelle (rédaction d’argumentaires, préparation de courriers, sollicitation et préparation de rendez-vous, participation à des auditions, etc.). Leurs services sont précieux mais ils ont un coût, ce qui est un frein pour les plus petites associations ou les petites entreprises. Les cabinets de conseil présentent un autre avantage : à terme, ils acquièrent un réseau politique et professionnel vaste, dont tout nouveau client entrant dans le portefeuille peut bénéficier.
On a évoqué 4 acteurs principaux du lobbying en France, mais il y en a d’autres : think tanks, fondations, institutions publiques, etc.
Dans de prochains articles, nous prendrons le temps de nous intéresser aux parcours qui mènent au lobbying et aux différentes compétences exercées. Car au-delà des organisations, il faut s’intéresser aux femmes et hommes qui font le lobbying !
Article rédigé par Fred Guillo, directeur conseil en affaires publiques et enseignant à l'école EGORA.

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