Près de vingt ans après la faillite de Lehman Brothers, la crise financière de 2008 continue de susciter la même interrogation : était-elle réellement imprévisible?
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Invité à EGORA le 17 mars 2026, Olivier Myard, ancien diplomate économique et haut fonctionnaire international, apporte une réponse sans ambiguïté : la crise n’a pas surpris, elle a été ignorée, ou, plus précisément,insuffisamment prise en compte.
Pour en comprendre les origines, il faut remonter plusieurs décennies en arrière.
En 1971, Richard Nixon met fin au système de Bretton Woods, ouvrant la voie à un régime de changes flottants et à une instabilité financière durable. Dans les décennies suivantes, la dérégulation transforme en profondeur le secteur bancaire. Impulsée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, elle atteint un tournant décisif avec l’abrogation du Glass-Steagall Act en 1999, qui brouille la frontière entre banques de dépôt et banques d’investissement et favorise une interconnexion accrue des risques.
Parallèlement, l’endettement progresse rapidement. Aux États-Unis, les niveaux de dette publique et privée atteignent des sommets historiques, soutenus par une politique de taux d’intérêt bas au début des années 2000. Le marché immobilier devient alors le moteur d’une croissance en partie artificielle.
Les prêts «subprimes », accordés à des emprunteurs peu solvables, se multiplient dans un contexte de concurrence accrue entre établissements financiers.
Ces créances sont ensuite transformées en produits financiers complexes (MBS et CDO), puis diffusées à l’ensemble du système via la titrisation. En apparence, le risque est dispersé ; en réalité, il est dilué et dissimulé au sein d’un système devenu particulièrement opaque et difficile à évaluer. Les agences de notation, telles que Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings, attribuent massivement des notes élevées à des actifs devenus toxiques, contribuant à une sous-évaluation généralisée du risque.
Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers agit comme un déclencheur. La confiance s’effondre brutalement : le marché interbancaire se paralyse, la liquidité se tarit et la crise se propage à l’ensemble du système financier. Les marchés boursiers chutent, entraînant une contraction rapide de l’économie réelle et révélant le caractère systémique des déséquilibres accumulés.
Avec le recul, il apparaît clairement que cette crise n’était pas un accident. Plusieurs économistes avaient identifié des déséquilibres majeurs bien avant le krach. Robert Shiller alertait sur la déconnexion entre les prix immobiliers et les fondamentaux économiques, tandis que Raghuram Rajan dénonçait dès 2005 la complexité excessive du système financier et les incitations perverses à la prise de risque. Ces avertissements n’ont pourtant pas suscité de réaction à la hauteur des enjeux, révélant moins un manque d’information qu’un défaut collectif de prise en compte du risque.
Depuis 2008, le cadre réglementaire international a été renforcé : les banques sont mieux capitalisées et les exigences prudentielles accrues afin d’améliorer la résilience du système. Toutefois, les vulnérabilités n’ont pas disparu ; elles se sont déplacées. La dette mondiale demeure élevée et une part croissante des risques se situe désormais en dehors du secteur bancaire traditionnel, notamment dans la finance dite « non bancaire » (shadow banking).
Aujourd’hui, trois zones de tension concentrent particulièrement l’attention : l’immobilier commercial, fragilisé par les mutations du travail et la hausse des taux; la dette privée, en expansion et souvent peu transparente, que certains regardent déjà comme le “canari dans la mine”; et les marchés technologiques, caractérisés par une forte concentration et des valorisations élevées.
Assister à la masterclass d’Olivier Myard à EGORA a constitué pour moi un éclairage particulièrement concret. Loin d’une approche purement théorique, il a su illustrer les mécanismes financiers et les décisions politiques à travers des exemples précis, rendant plus tangibles des notions souvent abstraites. J’ai ainsi mieux saisi comment des choix humains et institutionnels peuvent amplifier des déséquilibres jusqu’à provoquer une crise systémique. Les échanges avec les autres étudiantes et étudiants ont également enrichi ma réflexion, me confirmant l’importance d’une analyse préventive des risques.
La leçon est claire : la crise de 2008 ne relève ni du hasard ni de l’imprévisible. Elle résulte d’un enchaînement de déséquilibres identifiés mais sous-estimés. En 2026, les signaux d’alerte sont déjà là : visibles, documentés, parfois même débattus. En tant qu’étudiante en sciences politiques et relations internationales, cette masterclass m’a permis de comprendre une chose essentielle: les crises ne naissent pas dans l’ombre de l’ignorance, mais dans l’incapacité collective à agir face à ce que l’on sait déjà.
Article rédigé par Inès, élève de Bachelor 2 à l'école EGORA

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