Lorsque spontanément questionnés sur leur perception du lobbying, les Français ont plutôt un avis négatif.

Un sondage réalisé en 2019 par l’Ifop et commandé par WWF France et Transparency International estime en effet que près de 4 Français sur 5 (79%) trouvent les responsables politiques trop influencés par les lobbies et que trois quarts (75%) considèrent l’activité de lobbying comme néfaste pour l’environnement.
De leur côté, les professionnels en relations institutionnelles ont tendance à affirmer que leur métier sert à éclairer le décideur public pour qu’il prenne une décision tenant compte de toutes les données, pour ne pas se tromper.
Effectivement, une décision publique (une nouvelle règle, une nouvelle interdiction, une nouvelle taxe, etc.) peut paraître fondée sur le papier mais être en réalité contre-productive ou mal appliquée sur le terrain. Par exemple, l’interdiction des paris sportifs en ligne permettrait de lutter contre l’addiction des joueurs, mais ne risque-t-elle pas de les faire se tourner vers une offre illégale, pléthorique en ligne et à portée de clic ? De même, une communication de la part de l’Etat sur l’impact de la consommation excessive de viande sur les émissions de gaz à effet de serre ne mettrait-elle pas également en danger les éleveurs français ? Chaque décision publique doit être justement soupesée, afin de tenir compte de tous les intérêts en vigueur, pour arbitrer le plus justement possible. Or, les députés, sénateurs et conseillers ministériels ne peuvent disposer de toute la connaissance technique et à jour sur tous les sujets. Ce qui rend les échanges avec les représentants d’intérêts nécessaires.
Le lobbying est donc utile au fonctionnement démocratique normal. Mais ce que critiquent les observateurs, ce n’est pas l’existence même du lobbying sinon ses conditions d’exercice et ses excès. On en revient généralement à discuter de deux notions : l’accès équitable au décideur public et la transparence autour des influences d’une décision publique.
Dans le premier cas, les acteurs associatifs demandent que l’ensemble des acteurs bénéficient des mêmes chances d’accès aux décideurs, c’est-à-dire la possibilité de les rencontrer, de plaider auprès d’eux et d’être écoutés. Ces derniers se sentent en effet moins considérés que les acteurs privés (grandes entreprises, ETI, PME, fédérations professionnelles). Ils aimeraient ainsi être automatiquement invités aux concertations gouvernementales préalables à une réforme, ou avoir aussi facilement accès aux ministres que les entreprises privées. Pour avoir les mêmes chances de convaincre, donc s’assurer que la décision publique ne soit pas guidée que par les intérêts privés.
Dans le deuxième cas, les acteurs associatifs souhaiteraient que les décideurs communiquent systématiquement sur leurs rencontres avec les lobbyistes, à travers le format d’agenda ouvert. Ils souhaiteraient que les lobbyistes communiquent davantage sur leurs rencontres avec les responsables politiques, à travers des descriptions précises dans le registre des représentants d’intérêts de la HATVP. Ils souhaiteraient enfin que se développe la pratique du sourçage des amendements, qui permet de savoir concrètement qui a été à l’origine d’un amendement déposé par un parlementaire. Ces trois tendances s’inscrivent dans la volonté des Français d’avoir mieux connaissance de l’influence des lobbies, le sondage de 2019 établissant que près de 9 Français sur 10 (87%) estiment que les citoyens devraient pouvoir savoir quels sont les textes de loi que les lobbies cherchent à influencer, dans quel sens, et avec quels moyens.
On en conclut que le lobbying est bien utile à la démocratie mais que ses modalités d’exercice sont encore contestées et à chaque fois qu’il y a un scandale ou une polémique, on en rediscute de nouveau. Les générations ayant chacune à cœur de moderniser le lobbying afin d’en améliorer son image et sa réception dans l’opinion publique.
Vous aurez vous-mêmes à vous exprimer, dans quelques années, sur ce que doit être un « bon » lobbying. Il n’est jamais trop tôt pour y penser.
Article rédigé par Fred Guillo, directeur conseil en affaires publiques et enseignant à l'école EGORA

Vous souhaitez en savoir plus sur les conditions d'admission ou les tarifs de nos formations ? Retrouvez toutes ces informations dans notre brochure complète.